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NOVEMBRE LES VEILLEES VELLAVES

Autrefois, dans la campagne vellave, avant l’arrivée de la télévision, on « faisait la veillée », c’est-à-dire qu’on se réunissait le soir autour d’un feu de cheminée. Chaque  villageois recevait ses voisins selon un calendrier immuable. Mais si la communauté avait la chance de compter parmi elle une béate alors tout le monde se retrouvait à la maison d’assemblée.

Qu’est-ce qu’une béate ?

La béate est l'hôte du hameau, on lui construit une maison indépendante, que l'on meuble et dont on assure l'entretien. On lui apporte du bois, de la nourriture et un peu de monnaie en échange de ses services, selon les ressources des habitants.  Elle habite à l'étage, le rez-de chaussée de la maison sert de salle de classe, de salle de catéchisme et d’atelier de confection de la dentelle. Sur le pignon du bâtiment, se trouve, surmontée d'une croix, une petite cloche qui rythme la vie du hameau. La béate est célibataire, elle a reçu  une instruction de base, parfois rudimentaire, pendant ses deux années de noviciat. Son rôle social est important : elle est à la fois l’institutrice qui apprend à lire, à écrire et à compter aux enfants, et une catéchiste. De plus, elle soigne les malades avec ses  remèdes et prit pour les mourants.

Le soir venu, les villageois se rassemblent chez elle, dans "la maison d'assemblée" pour la veillée. Ces réunions avec les voisins sont des "couviges" où les femmes font de la dentelle. La béate assure l'apprentissage de la technique de la dentelle  auprès des fillettes et jeunes filles. Leurs ouvrages sont achetés par des "leveuses", ces intermédiaires vont les négocier auprès des marchands du Puy-en-Velay. Les béates passent pour un maillon assurant la production de cet artisanat réputé.

La béate est vêtue d’une robe de laine noire. Ses cheveux sont cachés par une coiffe blanche et une petite croix d'argent pend à son cou. Son allure  ressemble à celle d’une religieuse pourtant elle n'appartient  à aucun ordre religieux. C’est une laïque qui n'a pas prononcé de vœux.

A la fin du 19ème siècle, les compétences  des béates sont remises en cause, leur niveau d'instruction apparaissant trop insuffisant. C'est l'époque où l'État met en place l'instruction publique. La maison mère qui les formait disparaît en 1905.

Pendant la veillée, on se racontait des histoires pour faire rire ou pour faire peur. En voici deux qui témoignent à la fois de l’esprit facétieux des anciens ainsi que de leur croyance au surnaturel.

 

Au fond d’un  village, au bout du chemin qui descend à la fontaine d’eau ferrugineuse, vivait la vieille Euphrasie. Personne ne connaissait son âge et ne pouvait l’évaluer tant elle était laide. De plus, selon l’adage qu’un clou n’arrivait jamais seul, la pauvre femme était boiteuse. La matrone qui avait aidé sa mère à l’expulser hors du ventre maternel s’y était  si bien pris qu’elle lui avait déboîté une hanche. Donc, Euphrasie, avec les ans,  passa de la condition  de jeune fille à celle de vieille fille, aucun homme n’ayant daigné lui faire la cour, sans parler de lui passer la bague au doigt, malgré les rentes que ses parents lui avaient laissées à leur mort. .

Pas rancunière pour deux sous, Euphrasie  suivait la messe tous les matins. Sa bouche marmonnait d’inaudibles prières. Enfin, inaudibles jusqu’au jour où un effronté se glissa derrière elle, dans l’ombre d’un pilier, et écouta les suppliques de la pauvre vieille.

- Mon Dieu, disait la voix chevrotante de la vieille, les mains jointes contre la poitrine, mon Dieu, faites qu’avant de mourir, je connaisse le frisson dans les bras d’un homme. Mon Dieu, je vous en supplie, une nuit, juste une nuit…

Le jeune homme qui, désormais, connaissait le secret d’Euphrasie courut le rapporter à ses copains. Ensemble, ils imaginèrent une farce pour rire aux dépens de la pauvre vieille. A la nuit tombée, Ils attrapèrent un bouc et le hissèrent en haut du clocher de l’église. Ils l’attachèrent solidement au bas des trois marches qui conduisaient aux cloches. Ensuite, ils allèrent frapper à la porte de leur victime. La vieille, qui n’avait pas fini sa soupe, les laissa entrer.

- Ah Mademoiselle Euphrasie, quel malheur ! Se lamenta l’un des trois gaillards, oh oui, quel malheur !

- Quoi, qu’est-ce qu’il y a ? S’affola la pauvre femme.

- C’est Ba…Ba….Ba…nette, tenta d’expliquer l’Emile, le plus finaud des trois, handicapé depuis l’enfance par un  bégaiement.

- Oui, c’est Banette, reprit Gustave que la bêtise affligeait d’un continuel sourire. Puis, il regarda les autres, ne sachant plus quoi dire, vu qu’il n’avait pas compris toutes les finesses de la blague.

- Qui c’est Banette ? demanda Euphrasie

- Banette, mais c’est le Diable ! répondit Victor le fils du boucher. A cette heure, il est dans le clocher de l’église.

- Le Diable, dans le clocher ! Mes pauvres petits, mais qu’est-ce que vous me dîtes là ?

- C’est pour ça qu’on… qu’on… qu’on… vient vous voir.

- Moi ? Mais pourquoi moi ?

- Parce que Ba… Banette, il nous a dit co… co… co…mme ça, amenez-moi une vierge.

- Alors on a pensé à vous.

- A moi ?

- Ben oui, vous êtes bien vierge,  non ?

- Euh oui mais il y en a d’autres dans le village. Pourquoi moi ?

- Oui, pourquoi elle ? répéta Gustave

- Pa… pa… parce qu’il veut une vierge, une vraie de vraie. Une qu’on… qu’on… soit sûr. Sinon, il brule le pays.

- Oh mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu !

- Vous l’êtes bien, vierge ? s’enquit Victor avec effronterie.

- Oh pour ça oui, y a pas mieux que moi !

- Eh bien, venez avec nous !

- Mais où ça ?

- Dans le clocher, pardi !

- Mais j’ai pas fini ma soupe !

- Elle a… a… attendra, votre soupe. On vous parle de sau… sauver le pays, tout de même !

Euphrasie enfila un manteau et suivi les trois vauriens. Le Diable réclamait une vierge. Pourquoi, si ce n’était pour lui faire ce qu’elle demandait à Dieu depuis tant d’années ? Connaitre le grand frisson, au moins une fois, « voir le loup » comme disait sa grand-mère, les yeux chavirés. A défaut de loup, elle voulait bien du Diable. Après ça, elle pouvait mourir, elle s’en fichait bien ! Et puis, c’était pour la bonne cause. Sauver le pays, ce n’était pas rien. Pour sûr, elle aurait droit à des obsèques grandioses. Peut-être même qu’elle irait au Paradis !

Malgré son âge, elle grimpa lestement au clocher et demanda où était le Diable. Les jeunes gens la conduisirent devant le bouc.

- C’est bien sombre ici, gémit-elle,  on aurait dû amener une lampe.

- Eh non, c’est f… f…ait exprès, Ba… Banette ne veut pas qu’on… qu’on… le voit.

- Mais on le sent bien ! remarqua Victor en se retenant de rire.

- Je n’y vois goutte, est-ce qu’il est vraiment là ?

- Avancez la main, Euphrasie. Là, vous touchez son pied fourchu, et là ce sont ses cornes.

- Oui, je les sens, c’est bien lui.

- Bon, on vous laisse en sa compagnie. Nous, on doit redescendre.

Bien sûr, ils n’en firent rien et se rencognèrent dans un coin, l’oreille tendue.

- Oh grand Lucifer ! On m’a dit que tu voulais ravager le pays. Vois, je suis venue pour te donner ma virginité. Elle est intacte, je te l’assure. Prends-moi, tu ne le regretteras pas.

Les trois gredins n’en pouvaient plus de rire dans leurs mains. Victor se mordait les poings pour ne pas faire de bruit.

- Oh grand Lucifer ! Je suis à toi. Laisse le pays tranquille et prends-moi. Prends ce corps qui n’attend que ça.

- Bêêêê… bêêêê… lui répondit Banette.

- Tu n’es pas gentil, je ne suis pas si repoussante !

- Bêêêê… bêêêê… répéta Banette.

Cela en fut trop. Les trois jeunes gens ne purent se retenir davantage. Leurs rires résonnèrent jusqu’au sommet de la tour de pierre et  chassèrent les tourterelles qui y avaient trouvé refuge. Ils dévalèrent l’escalier de bois, laissant la pauvre Euphrasie bien perplexe devant son compagnon à la barbiche fournie et au museau pointu.

 

Par une belle après-midi ensoleillée trois paysans apportaient leurs sacs de grain au moulin Perbet quand ils furent accueillis par des cris d’effroi. La femme du meunier, en pleine crise d’hystérie, arrivait à leur rencontre. « Venez vite voir ce qu’il se passe » leur cria-t-elle. Les trois hommes se précipitèrent à l’intérieur de la modeste demeure jouxtant le moulin. Les meubles et la vaisselle dansaient la sarabande dans la cuisine. Les deux fillettes du couple, les yeux révulsés, étaient maintenues allongées sur le sol par une force invisible. Avec courage, le plus costaud des trois essaya de relever l’aîné des filles. Il fut saisi aux épaules et plaqué contre le mur. Quelques minutes plus tard, tout s’apaisa. Les enfants se relevèrent, la table et le buffet reprirent leur place. Sans demander d’explication, les paysans quittèrent les lieux avant que la nuit ne survienne. L’histoire fit le tour du village et des hameaux voisins. Les jours suivants, une pluie de pierres brûlantes s’abattit sur les curieux venus en nombre. Les fillettes Marie et Philomène semblaient possédées, elles maudissaient le Christ et la Vierge. Leur père vit venir un prêtre exorciste mais la séance se passa très mal. Les cierges se brisèrent et Marie, le visage livide, récita une prière satanique. Le curé abandonna la partie.

Bientôt les voisins finirent par trouver la cause de tous ces évènements. Le meunier jouait aux cartes le dimanche dans une arrière salle d’un café du bourg. Une semaine avant le déclenchement de l’affaire, alors qu’il rentrait chez lui, désespéré d’avoir perdu les revenus d’un mois de travail, il avait rencontré un homme étrange à la chevelure et la barbe flamboyantes. Le rouquin l’avait questionné sur sa mine déconfite et Perbet lui avait confié ses malheurs. Le personnage avait tiré de sa bourse quelques pièces d’or qui avaient brillé dans les derniers rayons du soleil couchant. « Tiens, avait-il dit au meunier ébloui, elles sont à toi, prends ! » Mais au moment où Perbet tendait sa main, le bonhomme retirait la sienne. « Ta ta ta, avait-il ajouté, à la condition que tu me donnes ce qui git contre ta porte de grange ». Le meunier s’était gratté la tête sous le béret. Il se souvenait de sa pioche qu’il avait abandonnée dans le recoin entre le mur et le battant de bois. Une poule ou peut-être deux dormaient-elles sur la pierre chaude du seuil ? En tous cas, avait-il  pensé, rien qui vaille le dixième d’une de ces pièces et il avait conclu le marché. Ce qu’il ignorait, c’est qu’au même instant, ces filles étaient installées devant cette porte pour écosser des pois. Le père Perbet avait vendu ses enfants au Malin.

Les phénomènes cessèrent lorsque la famille se décida à déménager. Personne ne voulut reprendre le moulin qui tomba en décrépitude.

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